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Jeudi 14 mai 2009

LE GORILLE de Jodorowsky…

• 20h30     Le Gorille – théâtre avec Brontis Jodorowsky. Pour la première fois à Bruxelles, cette pièce écrite et mise en scène par Alejandro Jodorowsky, inspirée à la nouvelle « Communication à une académie » de Franz Kafka. Un gorille accède à l’humanité. Peu avant que lui soit décernée cette haute distinction, il tient, devant les illustres représentants de cette Académie, un discours dérangeant sur son nouveau statut d’humain…
• 21h45  Carte blanche à Alejandro Jodorowsky Le metteur en scène, poète, cinéaste et bédéiste chilien a rencontré le public en parlant de son théâtre, de l’art comme art de guérison, de poésie…
• 22h30  Dédicaces Alejandro Jodorowsky

Adaptation, musique et mise en scène Alejandro Jodorowsky
D’après «Communication à une Académie», de Franz Kafka
Texte français de Brontis Jodorowsky
Avec : Brontis Jodorowsky
Assistant à la mise en scène Antonio Bertoli
Costume Elisabeth de Sauverzac | Lumière Arnaud Jung | Prothèse Sylvie Vanhelle
Production: Fondazione Monte dei Paschi di Siena en collaboration avec Vernice Progetti Culturali et la Commune de Poggibonsi pour Fenice International Nine Arts Festival
Coproduction: le Théâtre du Tournant
Avec le soutien de La Boite à Rêves - Compagnie Jérôme Savary

LE GORILLE ET NOUS
(Alejandro Jodorowsky, 22 février 2009)

Dans ma jeunesse, quand semblable à une chrysalide dans son cocon, mon esprit se tordait en tous sens cherchant douloureusement à dépasser ses limites pour devenir un papillon invisible et infini, j’ai lu la nouvelle de Kafka «Rapport pour une académie». Ces quelques pages m’ôtèrent tout espoir : je me sentis comme une graine stérile dans la terre.
Ce n’est pas par hasard si la nouvelle semble inachevée : la chenille y pourrit sans jamais réussir à prendre son envol. C’est la triste histoire d’un singe capturé qui, afin d’éviter d’être exposé dans un zoo, entreprend la lourde tâche d’acquérir le langage humain, pour ainsi se glisser dans une société qui finit par le démolir. Sa seule réussite est d’être récompensé par une académie universitaire, qui ne le reconnaît pas en tant qu’âme consciente, mais admire plutôt chez lui la bête capable d’imiter le parler et l’attitude d’un homme moyen.
Le gorille kafkaïen est une victime absolue. Tout comme les immigrés qui s’entassent dans des quartiers-ghettos, que l’on tolère et exploite dans des tâches méprisées, sans jamais les reconnaître en tant que concitoyens à part entière.
Il m’a semblé que Kafka ne donnait pas à son singe l’opportunité de s’exprimer, de se révolter, de se réaliser dans la prise de conscience que le bonheur consiste à être ce que l’on est et non ce que les autres nous imposent d’être.
Partant donc du texte de Kafka, j’ai écrit un monologue théâtral qui montre l’éveil d’un esprit, d’abord primitif, ensuite vindicatif et pour finir accompli, c’est à dire conscient de l’inutilité de tout ce paraître qui nous éloigne de l’authenticité.
D’une certaine manière, moi-même, enfant d’émigrés russo-juifs échoués au Chili, j’ai subi pendant mon enfance le rejet d’une société qui nous regardait comme différents, c’est à dire comme nocifs.
L’effort de s’intégrer à un monde qui nous tolère mais nous méprise est terrible. C’est ce dont parle «Le gorille».
Cette histoire me touchait de si près, que je n’ai pu la confier qu’à mon fils Brontis qui, bien que français par sa mère, est un éternel émigrant par son père : enfant je l’ai trimbalé d’un pays à l’autre, lui répétant sans cesse «ta patrie, ce sont tes souliers». Personne ne peut interpréter comme lui ce singe, sans territoire, sans famille, sans amis, incarnant toujours un personnage devant un public qui n’applaudit en lui que le monstre inoffensif.
Un père et un fils, peuvent-ils travailler en bonne entente ? Ce fut le cas. Nous nous sentions à ce point concernés par le sujet, que nous nous fondions l’un dans l’autre.
Quand, dans les derniers jours de répétions, nous avons crée la scène où le singe se révolte enfin, nous nous sommes pris dans les bras pour pleurer en pensant à nos ancêtres, cette longue lignée de tristes mais vaillants gorilles.



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